Qu'est-ce que le ROIC, comment le calculer et comment l'interpréter ?

Le ROIC (rentabilité des capitaux investis) mesure le résultat d'exploitation après impôts qu'une entreprise dégage pour chaque euro apporté par ses actionnaires et ses créanciers. On le calcule en divisant le NOPAT par le capital investi. S'il dépasse le coût du capital (CMPC), l'entreprise crée de la valeur ; en dessous, elle en détruit en grandissant.

Niveau Difficile · 13 min · Mise à jour le · Données des entreprises au · Équipe éditoriale de Kaplio · Comment nous travaillons

Level: dificil · Category: Rentabilidad · Duration: 13 min min · Points: 10

Ce que mesure le ROIC, comment le calculer pas à pas avec Visa et quels seuils séparent les entreprises qui créent de la valeur de celles qui en détruisent.

En 30 secondes

  • Le ROIC divise le résultat d'exploitation après impôts (NOPAT) par le capital que les actionnaires et les créanciers ont engagé dans l'activité.
  • Contrairement au ROE, la dette ne le gonfle pas : il juge la qualité de l'activité, pas son financement.
  • Une entreprise crée de la valeur quand son ROIC dépasse son coût du capital (CMPC), qui tourne entre 7 % et 10 % pour les grandes sociétés cotées.
  • Un 15 % durable est bon dans la technologie et l'industrie ; en consommation de base et en pharmacie, la barre est à 12 %.
  • Méfiez-vous d'un ROIC dopé par des capitaux propres fondus à coups de rachats, comme celui de Mastercard en 2025.

Introduction

En 1972, Warren Buffett et Charlie Munger rachètent See's Candies, un chocolatier californien, pour 25 millions de dollars. L'affaire avait besoin de 8 millions de capital pour tourner et gagnait un peu moins de 5 millions avant impôts. Buffett l'a résumé dans sa lettre aux actionnaires de 2007 : See's gagnait 60 % avant impôts sur le capital investi. En 2007, elle gagnait déjà 82 millions avec seulement 40 millions de capital.

Ce rapport entre ce que gagne l'activité et l'argent qu'il faut y immobiliser pour la faire tourner, c'est le ROIC. C'est lui qui explique qu'un chocolatier dont les volumes progressaient à peine ait fini par financer le rachat de bien d'autres sociétés de Berkshire.

Explication

Le ROIC (rentabilité des capitaux investis, de l'anglais return on invested capital) mesure le résultat d'exploitation, impôts déduits, qu'une entreprise tire de chaque euro que ses actionnaires et ses banques ont mis au travail. Un ROIC de 20 % signifie que chaque tranche de 100 euros investie dans des usines, des entrepôts, des logiciels ou des stocks rapporte 20 euros par an.

Pourquoi le ROE ne suffit-il pas ? Parce qu'il ne regarde que l'argent des actionnaires et qu'on peut le gonfler en s'endettant. Le ROIC met au dénominateur la dette et les capitaux propres ensemble : peu importe comment l'entreprise se finance, il mesure la qualité de l'activité, pas celle du montage financier. C'est l'indicateur préféré de ceux qui cherchent un avantage concurrentiel durable (« moat ») : un vrai moat se voit à un ROIC élevé qui tient des années, pas à un bon trimestre.

Prenez deux boulangeries qui vendent la même chose. La première a besoin d'un local dont elle est propriétaire, de trois fours et d'un mois de farine en réserve ; la seconde loue, cuit par fournées et se fait payer comptant. Si toutes deux gagnent 50 000 euros par an, la seconde est une bien meilleure affaire : il lui faut moins de capital pour gagner autant. Le ROIC chiffre cet écart.

Comment le calculer
Il vous faut deux chiffres. En haut, le NOPAT, le résultat d'exploitation après impôts : vous prenez le résultat d'exploitation (EBIT) du compte de résultat et vous retirez l'impôt au taux effectif de l'entreprise (impôt sur les sociétés divisé par le résultat avant impôts). On part de l'EBIT et non du résultat net pour que les intérêts de la dette ne comptent pas : le ROIC veut mesurer l'activité, pas la façon dont on la paie.

En bas, le capital investi : l'argent que les actionnaires et les créanciers ont engagé dans l'activité, soit les capitaux propres plus la dette totale. C'est la définition la plus courante et celle de Kaplio, sans déduire la trésorerie ni retirer l'écart d'acquisition (goodwill). Certains analystes déduisent la trésorerie et retirent le goodwill ; avec cette variante, le ROIC ressort plus haut. Si vous le pouvez, prenez la moyenne du capital en début et en fin d'année ; s'il a peu bougé, le chiffre de clôture suffit.

Il existe presque autant de versions du ROIC que d'analystes. Aswath Damodaran, professeur à l'université de New York, a consacré en 2007 tout un article à ses variantes et à la façon de les maquiller. L'essentiel est d'appliquer la même recette à toutes les entreprises que vous comparez, sans mélanger la vôtre avec celle d'un autre.

La barre à franchir : le coût du capital
Un ROIC de 9 % n'est ni bon ni mauvais tant que vous ne l'avez pas comparé au prix de l'argent. Ce prix, c'est le CMPC (coût moyen pondéré du capital, le WACC des anglophones) : la rentabilité qu'exigent, ensemble, actionnaires et créanciers. Pour une grande entreprise cotée, il tourne en général entre 7 % et 10 %. Si le ROIC dépasse le CMPC, chaque euro réinvesti crée de la valeur. S'il reste en dessous, l'entreprise grandit en détruisant de la valeur : plus elle investit, pire c'est pour l'actionnaire.

Formule

ROIC = NOPAT / Capital investi
NOPAT = EBIT × (1 − taux d'imposition effectif)
Taux d'imposition effectif = Impôt sur les sociétés / Résultat avant impôts
Capital investi = Capitaux propres + Dette totale
ROIC = NOPAT / (Capitaux propres + Dette totale)

Exemple

Le tableau ci-dessous compare quatre sociétés de paiement avec les données de Kaplio, pour la plupart sur les douze derniers mois arrêtés au 4 octobre 2026. Voici comment le lire. Mastercard tire environ 48 centimes de résultat d'exploitation net d'impôt par an de chaque dollar de capital (48,1 %). Visa, environ 34 centimes (34,2 %). PayPal s'arrête vers 14 (14,5 %). American Express affiche 8,3 %, sur son exercice 2025. Attention à cette dernière : American Express prête de l'argent aux porteurs de ses cartes, elle fonctionne donc presque comme une banque et son ROIC ne se compare pas à celui d'un pur réseau de paiement.

Pas à pas : Visa, exercice 2025 (clos le 30 septembre 2025, chiffres de son rapport annuel 10-K, en millions de dollars) :
1. Résultat d'exploitation (EBIT) : 23 994.
2. Taux d'imposition effectif : 4 136 d'impôts divisés par 24 194 de résultat avant impôts = 17,1 %.
3. NOPAT : 23 994 × (1 − 0,171) = 19 892.
4. Capital investi : 37 909 de capitaux propres + 25 171 de dette totale = 63 080.
5. Divisez : 19 892 / 63 080 ≈ 31 %.

Kaplio affiche 28,4 % pour l'exercice 2025 parce qu'il normalise l'impôt sur le résultat d'exploitation. Trois points d'écart ne changent rien à la lecture : Visa gagne bien plus que les 15 % de référence.

Le tableau indique 34,2 % et la fiche de l'exercice 2025, 28,4 %. Ce n'est pas une erreur : le tableau porte sur les douze derniers mois jusqu'en octobre 2026, le pas à pas sur l'exercice clos en septembre 2025. Quand vous comparez, prenez toujours la même période pour toutes les entreprises.

Avec le chiffre de la fiche, Visa tire 28 centimes par an de chaque dollar investi. Une entreprise industrielle qui atteint 15 % passe déjà pour bonne. D'où vient un tel écart ? De ce que Visa ne prête pas d'argent et ne fabrique rien : elle prélève une commission sur chaque paiement qui passe par son réseau, et ce réseau n'a presque pas besoin de capital neuf pour traiter davantage de paiements.

À vous de jouer. Mastercard, comptes 2025 (10-K, millions de dollars) : EBIT de 18 897 ; impôts de 3 610 sur un résultat avant impôts de 18 578. Calculez son taux d'imposition effectif et son NOPAT. Indice : le NOPAT tourne autour de 15 200 millions.

Avant de regarder : pensez-vous que le ROIC de Mastercard dépasse celui de Visa ? Et que cela en fait une bien meilleure affaire ? Réponse dans « Pièges et limites ».

Exemple avec des données réelles

ROIC · Données au
EntrepriseSymboleROIC
Visa Inc.V34,2 %
Mastercard IncorporatedMA48,1 %
American Express CompanyAXP8,3 %
PayPal Holdings, Inc.PYPL14,5 %

Comment l'interpréter

Comment l'interpréter
Des seuils indicatifs, les mêmes que ceux du Résumé de chaque fiche Kaplio. Dans un secteur cyclique, regardez la moyenne sur cinq ans, pas un exercice isolé.

SecteurFaibleNormalBon
Technologie et logicielsmoins de 10 %10-15 %15 % ou plus
Industriemoins de 10 %10-15 %15 % ou plus
Pharmaciemoins de 8 %8-12 %12 % ou plus
Consommation de base (moyenne sur 5 ans)moins de 8 %8-12 %12 % ou plus
Énergie (moyenne sur 5 ans)moins de 6 %6-10 %10 % ou plus

Pour les banques et les assureurs, le ROIC ne s'applique pas : la dette est leur matière première, on regarde donc le ROE. Les services publics régulés (électricité, gaz) sont un cas à part : ils vivent avec un ROIC bas, à un chiffre, parce que le régulateur fixe leur rentabilité et que leur coût du capital est faible lui aussi.

Pièges et limites
1. Le capital investi a plusieurs définitions. Kaplio retient la plus courante : capitaux propres plus dette totale. Une variante calcule le capital investi sans la trésorerie et sans le goodwill, pour ne voir que la qualité de l'activité ; c'est elle qui donne les chiffres les plus élevés. Aucune n'est fausse. Ce qui est faux, c'est de comparer le ROIC d'une entreprise calculé avec une recette à celui d'une autre calculé avec la recette inverse.

2. Le dénominateur qui fond. Si vous avez fait l'exercice, vous connaissez la réponse à la question posée plus haut : Kaplio affiche pour Mastercard un ROIC de 48,9 % en 2025, très au-dessus de celui de Visa. Regardez les capitaux propres de Mastercard fin 2025 : 7 737 millions de dollars, le cinquième de ceux de sa rivale. Mastercard rachète ses actions depuis des années (11 727 millions rien qu'en 2025), et chaque rachat réduit les capitaux propres. L'activité est excellente, mais une partie de l'avantage est comptable : quand le capital investi fond, le ROIC monte sans que l'activité ait changé.

3. Le goodwill. Une entreprise qui grandit en rachetant d'autres sociétés inscrit au bilan ce qu'elle a payé en trop : l'écart d'acquisition, ou goodwill. Avec lui, le ROIC baisse ; sans lui, il monte. Les deux chiffres disent des choses différentes : sans goodwill, vous voyez la qualité de l'activité ; avec, vous voyez si la direction a bien payé ses acquisitions.

4. Une année ne prouve rien. Un ROIC de 30 % au meilleur moment du cycle ne vaut pas un 18 % tenu pendant dix ans.

5. Le taux d'imposition d'une année atypique. Un remboursement ou une charge fiscale exceptionnelle font bouger le NOPAT sans que l'activité ait changé. Si le taux effectif s'écarte beaucoup de la normale, prenez le taux habituel.

Cas réel : Microsoft et la facture de l'intelligence artificielle
Kaplio affiche pour Microsoft un ROIC de 21,6 % sur son exercice 2025 (clos le 30 juin 2025). Sur les douze derniers mois, au 4 octobre 2026, il est de 20,6 %. Le résultat d'exploitation, lui, est passé de 128 528 à 155 237 millions de dollars entre les exercices 2025 et 2026, soit 21 % de hausse. Pourquoi le ROIC n'a-t-il pas suivi ? Parce que le capital a grossi au même rythme, voire plus vite : les capitaux propres sont passés de 343 479 à 442 387 millions entre les clôtures de juin 2025 et de juin 2026, et Microsoft les investit dans des centres de données pour l'intelligence artificielle.

Cela ne veut pas dire que Microsoft va mal. Un ROIC de 20,6 % reste au-dessus de la barre des 15 % que Kaplio fixe à une entreprise technologique. Cela veut dire que la question de l'investisseur a changé : il ne s'agit plus de savoir si l'activité actuelle est bonne, mais si chaque nouveau dollar investi rapportera autant que les précédents. C'est ce que Buffett, dans sa lettre de 2007, appelle la différence entre See's et une entreprise qui a besoin de beaucoup de capital pour grandir : les deux peuvent être de bons placements, mais ce n'est pas le même placement.

Pour savoir si le prix d'une entreprise au ROIC élevé est justifié, l'étape suivante est la valeur d'entreprise (VE), qui mesure ce que vous payez pour tout ce capital, dette comprise.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le ROIC en bourse ?

Le ROIC, ou rentabilité des capitaux investis, rapporte le résultat d'exploitation après impôts au capital que les actionnaires et les créanciers ont engagé. En bourse, il sert à repérer les entreprises de qualité, à comparer des sociétés d'un même secteur et à vérifier qu'une entreprise crée de la valeur quand elle réinvestit.

Comment calculer le ROIC ?

Divisez le NOPAT par le capital investi. Le NOPAT est le résultat d'exploitation (EBIT) multiplié par un moins le taux d'imposition effectif. Le capital investi correspond aux capitaux propres plus la dette totale, sans déduire la trésorerie. Avec cette définition, Kaplio affiche pour Visa un ROIC de 28,4 % sur son exercice 2025.

Quelle est la différence entre le ROCE et le ROIC ?

Le ROCE divise le résultat d'exploitation avant impôts par les capitaux employés, souvent le total de l'actif moins le passif courant. Le ROIC prend le résultat après impôts et, comme capital, les capitaux propres plus la dette totale. Le ROCE est plus simple à calculer ; le ROIC se compare mieux au coût du capital, puisqu'il est déjà net d'impôt.

Comment interpréter le WACC ?

Le WACC, ou CMPC en français, est le coût moyen pondéré du capital : la rentabilité qu'exigent ensemble actionnaires et créanciers. Pour une grande société cotée, il tourne en général entre 7 % et 10 %. C'est la barre du ROIC : au-dessus, chaque euro réinvesti crée de la valeur ; en dessous, la croissance en détruit.

Quelle est la différence entre le ROI et le ROIC ?

Le ROI mesure la rentabilité d'un investissement précis, une machine ou une campagne : ce qu'il a rapporté face à ce qu'il a coûté. Le ROIC juge tout le capital de l'entreprise, à partir du résultat d'exploitation après impôts. Le ROI sert à trancher sur un projet ; le ROIC, à juger l'activité entière et à la comparer à d'autres.

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Sources

Contenu éducatif. Ce n'est pas un conseil en investissement.