Qu'est-ce que la diversification d'un portefeuille et combien d'actions faut-il pour bien diversifier ?

Diversifier un portefeuille, c'est répartir son argent entre des placements qui ne montent et ne baissent pas en même temps, pour que le faux pas de l'un ne coule pas l'ensemble. Cela réduit le risque propre à chaque entreprise, pas celui du marché. Ce qui compte le plus n'est pas le nombre d'actions, mais le peu de ressemblance entre elles.

Niveau Difficile · 12 min · Mise à jour le · Données des entreprises au · Équipe éditoriale de Kaplio · Comment nous travaillons

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Ce qu'est la diversification, pourquoi la corrélation compte plus que le nombre d'actions et combien il en faut selon Graham et les études, avec des données 2021-2025.

En 30 secondes

  • Diversifier réduit le risque propre à chaque entreprise, pas celui du marché : en 2008, le S&P 500 a chuté de 38,5 % et aucun portefeuille d'actions n'y a échappé.
  • Ce qui réduit le risque, c'est une corrélation faible, pas le nombre : cinq pétrolières ont varié de 28,9 % par an entre 2021 et 2025 ; cinq actions de secteurs différents, de 16,4 %.
  • Graham demandait entre dix et trente valeurs ; Statman (1987) a conclu que, choisies au hasard, il en faut au moins 30.
  • Le bêta mesure de combien une action bouge avec le S&P 500 : c'est une photo des dernières années, pas une propriété figée.
  • Buffett ne défend la concentration que si vous comprenez vraiment les entreprises ; sinon, il recommande un fonds indiciel.

Introduction

Entre janvier 2021 et décembre 2025, un portefeuille réparti à parts égales entre cinq pétrolières américaines (Exxon Mobil, Chevron, ConocoPhillips, EOG et Occidental) a affiché une volatilité annuelle de 28,9 %. Cinq actions, cinq entreprises différentes, et presque les mêmes à-coups qu'une seule d'entre elles. Sur ces mêmes cinq années, un autre portefeuille de cinq valeurs de secteurs différents (Coca-Cola, JPMorgan, Nvidia, Duke Energy et Exxon Mobil) a varié de 16,4 % par an, presque comme le S&P 500.

Même nombre d'actions, risque presque divisé par deux. La différence ne tient pas au nombre de titres, mais à la façon dont ils bougent les uns par rapport aux autres. C'est tout le sujet de cette leçon.

Explication

Diversifier, c'est répartir son argent entre des placements qui ne réagissent pas de la même façon aux mêmes événements. Si une entreprise perd un client, rate un médicament ou se fait prendre à maquiller ses comptes, la chute se voit dans votre portefeuille, mais ne l'entraîne pas tout entier. C'est le vieux conseil de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, avec une condition qu'on oublie souvent : cinq paniers ne servent pas à grand-chose s'ils voyagent tous dans le même camion.

Les deux risques d'une action
Chaque action porte deux risques. Le risque spécifique est celui de l'entreprise elle-même : son produit, sa direction, son bilan. Le risque systématique, ou de marché, est celui que toutes partagent : une récession, une hausse des taux, une panique. La diversification élimine une bonne partie du premier et ne touche pas au second. En 2008, le S&P 500 a chuté de 38,5 % (de 1 468,36 points le 31 décembre 2007 à 903,25 le 31 décembre 2008) et aucun portefeuille d'actions, si varié soit-il, n'y a échappé. Contre ce risque, ce qui protège, ce n'est pas de détenir plus d'actions, mais d'avoir moins d'argent en bourse ou un horizon long ; vous le verrez dans la leçon sur le cycle économique.

La corrélation, la pièce maîtresse
La corrélation mesure si deux actifs évoluent ensemble. Elle va de −1 (toujours en sens contraire) à +1 (toujours de concert). À 0, l'un ne dit rien de l'autre. Harry Markowitz a démontré en 1952, dans son article « Portfolio Selection », que le risque d'un portefeuille n'est pas la moyenne du risque de ses composantes : il dépend de leurs corrélations. Plus la corrélation est basse, plus les à-coups se compensent et moins l'ensemble bouge.

Le bêta est un proche cousin : il mesure de combien une action bouge quand le S&P 500 bouge. Un bêta de 1 suit l'indice ; de 0,5, l'action bouge deux fois moins ; de 2, deux fois plus. C'est une photo du passé (en général cinq ans de données mensuelles) face à un indice donné, pas une propriété figée de l'entreprise : il change quand l'activité ou le marché changent.

Combien d'actions faut-il ?
Dans « L'investisseur intelligent » (chapitre 5), Benjamin Graham demandait une diversification « adéquate mais pas excessive » : au moins dix valeurs et au plus une trentaine. Les études empiriques ont abouti à des chiffres voisins. John Evans et Stephen Archer, dans leur étude sur la diversification et la réduction de la dispersion (The Journal of Finance, vol. 23, n° 5, décembre 1968, p. 761-767), ont constaté avec des portefeuilles tirés au hasard que la réduction du risque s'épuisait vers dix valeurs. Meir Statman a corrigé ce chiffre dans « How Many Stocks Make a Diversified Portfolio? » (Journal of Financial and Quantitative Analysis, vol. 22, n° 3, septembre 1987, p. 353-363) : avec des actions choisies au hasard, il en faut au moins 30, et 40 si vous n'empruntez pas pour investir. Les deux études portent sur des actions tirées au hasard, de secteurs mélangés. Trente banques ne comptent pas pour trente.

Formule

Risque d'un portefeuille de deux actions (écart-type σ) :
σ portefeuille = √(w1² × σ1² + w2² × σ2² + 2 × w1 × w2 × σ1 × σ2 × ρ)
w1, w2 = poids de chaque action dans le portefeuille (leur somme vaut 1)
σ1, σ2 = volatilité annuelle de chaque action
ρ = corrélation entre les deux, de −1 à +1
Portefeuille de n actions de même poids, de volatilité moyenne σ et de corrélation moyenne ρ :
σ portefeuille = √(σ² / n + (1 − 1/n) × ρ × σ²)
Bêta = covariance(action, S&P 500) / variance(S&P 500)

Exemple

Le tableau ci-dessous présente le bêta de cinq entreprises de secteurs différents : Coca-Cola, JPMorgan, Nvidia, Duke Energy et Exxon Mobil. Lisez-le ainsi : un bêta de 0,5 signifie qu'en moyenne, si le S&P 500 monte ou baisse de 10 %, cette action bouge de 5 %. Rappelez-vous que c'est une photo des dernières années face à un seul indice.

Avant de regarder : laquelle des cinq a, selon vous, le bêta le plus élevé ? Et le plus bas ? Notez-le, puis vérifiez.

Passons à l'autre pièce, la corrélation. Nous l'avons calculée sur les rendements mensuels, dividendes compris, de janvier 2021 à décembre 2025 (60 mois) :

Coca-ColaJPMorganNvidiaDukeExxon
Coca-Cola10,15−0,070,580,20
JPMorgan0,1510,370,250,38
Nvidia−0,070,3710,010,00
Duke0,580,250,0110,15
Exxon0,200,380,000,151

Remarquez deux choses. Coca-Cola et Duke Energy, deux activités défensives, sont celles qui se ressemblent le plus (0,58). Nvidia ne ressemble presque à aucune : sa corrélation avec Coca-Cola entre 2021 et 2025 a été légèrement négative.

Exemple à compléter : Coca-Cola et Nvidia à 50 % chacune. Entre 2021 et 2025, la volatilité annuelle de Coca-Cola a été de 16,8 % et celle de Nvidia de 50,8 %, avec une corrélation de −0,07.
1. Si elles évoluaient de concert (ρ = 1), la volatilité du portefeuille serait la moyenne : (16,8 + 50,8) / 2 = 33,8 %.
2. Avec leur corrélation réelle : √(0,25 × 0,168² + 0,25 × 0,508² + 2 × 0,25 × 0,168 × 0,508 × (−0,07)) = 26,2 %.
3. À vous : refaites le calcul avec Coca-Cola et Duke Energy (volatilité de 17,1 %, corrélation de 0,58). La moyenne simple serait de 17,0 %. Jusqu'où le risque baisse-t-il ? (Solution : à 15,1 % ; il baisse beaucoup moins, parce qu'elles se ressemblent.)

Et avec plus d'actions ? Prenez la seconde formule avec une volatilité moyenne de 30 % et une corrélation moyenne de 0,2, des valeurs rondes d'exemple. Avec une action, 30 %. Avec cinq, 18 %. Avec dix, 15,9 %. Avec trente, 14,3 %. Avec mille, 13,4 %. Les dix premières font presque tout le travail ; au-delà, vous gagnez des dixièmes. Ce plancher de 13,4 % est le risque de marché : il ne se diversifie pas.

Exemple avec des données réelles

Bêta · Données au
EntrepriseSymboleBêta
The Coca-Cola CompanyKO0,3
JPMorgan Chase & Co.JPM1,0
NVIDIA CorporationNVDA2,2
Duke Energy CorporationDUK0,4
Exxon Mobil CorporationXOM0,2

Comment l'interpréter

Comment l'interpréter
Repères indicatifs pour un portefeuille d'actions en direct ; ce ne sont pas des règles de Kaplio, sauf la dernière ligne.

Ce que vous regardezConcentréIntermédiaireDiversifié
Nombre de valeursmoins de 1010-2020-30, de secteurs différents
Corrélation moyenne entre elles0,7 ou plus0,4-0,7moins de 0,4
Concentration dans votre portefeuille Kaplioen rouge : une position pèse 30 % ou plus, les trois plus grosses 60 % ou un secteur la moitiéen orange : 20 %, 45 % ou 35 %en vert : en dessous

Au-delà de trente actions, le risque baisse rarement ; le suivi, lui, se complique. À ce stade, un fonds indiciel fait la même chose avec moins de travail. Par secteur, les corrélations élevées sont la norme dans la banque, le pétrole, les services aux collectivités ou les semi-conducteurs : mêmes clients, même matière première ou même régulateur.

Pièges et limites
1. La fausse diversification. Entre 2021 et 2025, les cinq pétrolières de l'introduction ont eu une corrélation moyenne de 0,80, et cinq grandes banques (JPMorgan, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo et Goldman Sachs) de 0,81. Répartir à parts égales entre ces cinq banques n'a ramené la volatilité que de 27,4 % (la moyenne de chacune) à 25,3 %. Cinq grandes valeurs technologiques (Microsoft, Apple, Nvidia, Alphabet et Meta) sont restées à 25,7 %. Les cinq de secteurs différents, à 16,4 %.

2. Les corrélations montent quand ça fait le plus mal. Les chiffres ci-dessus portent sur des années normales. Dans une panique, presque tout se vend en même temps et la protection fond au moment précis où vous en avez besoin.

3. Le bêta regarde en arrière. Un bêta faible ne garantit pas des baisses modestes : c'est une moyenne sur cinq ans, et une activité peut changer plus vite que son bêta.

4. Diversifier ne répare pas un mauvais achat. Répartir votre argent entre trente entreprises que vous ne comprenez pas ne fait que répartir l'erreur.

Cas réel : vingt valeurs technologiques en 2000
En mars 2000, beaucoup d'investisseurs détenaient quinze ou vingt valeurs et se croyaient diversifiés. Presque toutes étaient technologiques ou de télécommunications. Le Nasdaq Composite a clôturé le 10 mars 2000 à 5 048,62 points et le 9 octobre 2002 à 1 114,11 : une chute de 77,9 %. Il n'a clôturé de nouveau au-dessus de ce niveau que le 23 avril 2015 (5 056,06 points). Cisco, l'entreprise la plus valorisée du monde ce printemps-là, a clôturé le 27 mars 2000 à 80,06 dollars par action (cours ajusté des divisions d'actions, hors dividendes) et n'a dépassé ce niveau que le 10 décembre 2025, en clôturant à 80,25 dollars. Vingt actions, un seul pari : la règle « plus il y en a, moins on risque » échoue quand toutes dépendent de la même chose.

Le cas inverse prend lui aussi la règle en défaut. Warren Buffett a écrit dans sa lettre aux actionnaires de Berkshire de 1993 qu'avec les années, Charlie Munger et lui se contentaient d'« une bonne idée par an » et qu'« une politique de concentration du portefeuille peut fort bien réduire le risque si elle accroît, comme elle le devrait, à la fois l'intensité avec laquelle un investisseur réfléchit à une entreprise et le confort qu'il doit éprouver à l'égard de ses caractéristiques économiques avant de l'acheter ». Dans la même lettre, il précise pour qui cela vaut : l'investisseur capable de comprendre les entreprises et de trouver cinq à dix sociétés à prix raisonnable dotées d'avantages concurrentiels durables peut concentrer son portefeuille ; celui qui ne sait pas évaluer une entreprise devrait détenir beaucoup d'actions et acheter petit à petit, par exemple via un fonds indiciel. Concentrer son portefeuille exige de savoir reconnaître un avantage concurrentiel durable et de le mesurer avec le ROIC. Si vous n'êtes pas sûr d'appartenir au premier groupe, vous appartenez au second.

Et la diversification ne s'arrête pas aux actions : le poids du cycle de la dette et des taux d'intérêt dans votre portefeuille, vous le trouverez dans comment fonctionne la machine économique.

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Questions fréquentes

Combien d'actions avoir dans son portefeuille ?

Graham demandait entre dix et trente valeurs. Les études sur des actions tirées au hasard disent à peu près la même chose : Evans et Archer (1968) voyaient le gain s'épuiser vers dix titres, Statman (1987) l'a relevé à 30 ou 40. Mais le nombre compte moins que la corrélation : trente actions du même secteur restent un seul pari.

Qu'est-ce que la diversification en finance ?

C'est répartir son argent entre des actifs qui ne bougent pas en même temps, pour que la chute de l'un ne coule pas l'ensemble. Elle réduit le risque propre à chaque entreprise, pas celui du marché. Entre 2021 et 2025, cinq actions de secteurs différents ont varié de 16,4 % par an, contre 28,9 % pour cinq pétrolières.

Quel est un exemple de portefeuille diversifié ?

Un portefeuille avec Coca-Cola, JPMorgan, Nvidia, Duke Energy et Exxon Mobil mêle consommation, banque, technologie, électricité et pétrole : leur corrélation moyenne entre 2021 et 2025 a été de 0,20. Cinq pétrolières, à 0,80, montrent l'inverse. Ajouter d'autres pays, des obligations ou des liquidités diversifie aussi, car ils réagissent autrement à une récession.

Comment diversifier son portefeuille d'actions ?

Choisissez des entreprises de secteurs aux moteurs différents, évitez qu'une seule position pèse 20 % ou plus et vérifiez si vos actions dépendent de la même chose : taux, pétrole, consommation. Regardez la corrélation, pas seulement le nombre de valeurs. Si vous n'avez pas le temps d'analyser des entreprises, un fonds indiciel diversifie à votre place.

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Sources

Contenu éducatif. Ce n'est pas un conseil en investissement.